Analyse

Comme vous pouvez le voir grâce à cette liste d’antithèses, le sonnet exprime des sentiments contradictoires. Quelle est la cause de cette agitation ? Relisez le sonnet et considérez deux choses :

  1. Quel est le sujet de ce poème ?
  2. De quelles façons ce poème est-il traditionnel et innovant à la fois ?

Maintenant que vous avez lu le poème et formé votre propre opinion, voici quelques-unes de mes pensées :

Un sonnet au sujet de l’amour ?

Qu’avez-vous répondu à la première question–Quel est le sujet de ce poème ? La réponse la plus évidente est peut-être « l’amour ». Après tout, regardez le premier vers du premier tercet. Louise Labé personnifie l’amour et suggère que l’amour la guide. Cependant, je ne suis pas d’accord pour dire que ce poème parle de l’amour. À mon avis, c’est un sonnet sur le désir. Pensez à la tradition de l’amour courtois. L’amour courtois est basé sur l’inaccessibilité et le désir. Le rôle de la femme, comme vous pouvez vous en souvenir, est d’inspirer son prétendant à mériter son amour. Elle ne se donne jamais complètement, parce que se donner à son prétendant ferait d’elle un objet de désir indigne. La femme doit inspirer le désir et la productivité.

Je vais utiliser un exemple pour vous aider à mieux comprendre…Imaginez un garçon de treize ans qui a le béguin pour une fille dans son cours d’anglais. Il l’admire sans jamais oser lui parler. Elle est parfaite et inaccessible. Un jour, il apprend qu’elle s’intéresse aussi à lui. Formidable ! Il est très heureux…pendant à peu près deux heures. Soudain, l’enthousiasme associé au désir de l’impossible disparait. À l’âge de treize ans, on ne peut même pas imaginer transférer toute cette énergie dans une relation réelle. Est-ce que cette situation vous semble familière ?

De plusieurs façons, « Je vis, je meurs » joue un jeu de comble différé. Le poème oscille grandement entre des extrêmes. À travers une série d’antithèses, Labé soutient un état d’émotion élevé. Cet état d’intensité tortionnaire peut sembler quelque peu masochiste, mais il engendre la création poétique et perpétue le désir.

Traditionnelle mais innovatrice

Louise Labé n’était certainement pas le premier poète à célébrer le désir tortionnaire. La plupart de ces antithèses se trouvent dans Pétrarque. Les concepts ou les expressions trouvés dans les écrits de Pétrarque sont souvent appelés des concetti pétrarquiens. Regardez les deux premières strophes du sonnet de Ronsard suivant:

  1. Quand je vous vois, ma mortelle Déesse,
  2. Je deviens fol, sourd muet et sans âme.
  3. Dedans mon sein mon pauvre cœur se pâme,
  4. Entre-surpris de joie et de tristesse.
  1. Mon poil au chef se frissonne et se dresse,
  2. De glace froide une fièvre m'enflamme,
  3. Je perds le sens par vos regards, ma Dame,
  4. [. . .]
(Amours de Marie, XXXV emphasis added)

Les expressions comme celles que j’ai mises en caractères gras se trouvent dans beaucoup de sonnets. En fait, « Je vis, je meurs » se lit comme un catalogue de clichés populaires. Donc, si les expressions de Labé ne sont pas originales et que ses idées rappellent l'ancienne tradition de l’amour courtois, comment peut-elle être innovatrice ?

Est-ce que le fait qu’une femme ait écrit ce poème change son importance ? Oui. Pensez à la tradition de l’amour courtois. Quel rôle Labé prend-elle, celui de la femme ou celui de l’homme ? Dans ce sonnet, Labé s ‘est approprié le désir masculin. Elle a pris les expressions du prétendant amoureux et leur a donné un nouveau contexte, une nouvelle voix. Ce qui semble être traditionnel est maintenant aussi subversif. Comme Marie de France, Labé nous montre la femme qui désire depuis un système dans lequel les femmes sont normalement seulement un objet de désir.