Dans la leçon 13, je vous ai expliqué dans quel contexte les thèmes du temps, de la nature et de l’amour doivent apparaître pour pouvoir être associés au romantisme. Quel est donc le contexte du poème que vous venez de lire ?
Dans la dernière leçon, j’avais mentionné le fait que « dans le romantisme on parle d’un passé détruit à tout jamais et de l’impossibilité de vivre au présent ». Quelle forme cette impossibilité de vivre au présent prend-elle dans le poème d’Hugo ? La difficulté de vivre après avoir perdu quelque chose (ou quelqu’un) est évidente au vers 4 : « Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps ». Nous voyons aussi que cette perte rend incompatibles le monde intérieur de l’auteur et la marche infaillible du temps (v. 8) : « le jour pour moi sera comme la nuit ». Hugo vit dans une nuit éternelle et son voyage jusqu’à la tombe de sa fille semble le mener vers sa propre mort. Seul, le dos courbé comme un vieil homme, Hugo marche de l’aube au crépuscule [dusk]. Son arrivée se fait au moment du coucher du soleil, symbole de la mort. Enfin, remarquez que le premier mot du poème est « demain ». Quand l’histoire racontée par le poète aura-t-elle lieu ? Pas dans le présent mais dans le futur. Le poète regarde vers l’avant pour nous raconter ce qu’il fera demain et vers l’arrière lorsqu’il pense à ce qu’il a perdu. La seule trace d’un présent quelconque est une voix qui parle dans le futur à une personne du passé.
Vous n’êtes pas sans savoir que le cliché de l’homme solitaire au milieu de la nature est l’image quintessencielle du romantisme. Vous savez également que la nature est souvent utilisée par les romantiques comme outil pour exprimer des sentiments profonds. Ces idées sont-elles présentes dans notre poème ? La réponse est oui, de toute évidence. Le poète voyage seul et au milieu de la nature. Il marche dans la forêt et les montagnes et passe non loin de la mer. Son voyage commence au lever du soleil et ne s’achève qu’à son coucher. Les fleurs qu’il pose sur la tombe de sa fille poussent naturellement dans la région. Le paysage intérieur de l’auteur est soit exprimé symboliquement par le monde extérieur dans lequel il évolue, soit défini par un processus de juxtaposition au monde extérieur. Le passage du temps, par exemple, qui nous transporte du lever au coucher du soleil, symbolise le voyage de tout homme vers la mort. Les paysages variés (montagne, mer, forêt) illustrent la difficulté du pèlerinage du poète et mettent particulièrement l’accent sur les obstacles qui créent la séparation. Dans certains passages du poème, pourtant, Hugo ne semble même plus appartenir au monde extérieur. Il marche « les yeux fixés sur [ses] pensées » et ignore le monde qui l’entoure. Cet élément renforce l’idée que le romantique se préoccupe principalement de son être profond. Le poète est absolument incapable de dépasser son état de solitude, même à travers la nature.
Comme je l’ai déjà dit dans la dernière leçon, « la littérature romantique se concentre souvent sur un amour impossible ou perdu, comme par exemple l’amour pour des personnes mortes ». Dans ce bref poème, Victor Hugo exprime une souffrance profonde provoquée par un amour impossible.