Étant donné que ceci n’est pas un cours de civilisation française, nous n’allons pas étudier la deuxième Guerre Mondiale en détail. Vous aurez malgré tout besoin d’une brève explication du contexte de la France pendant l’occupation allemande afin de mieux comprendre l’Antigone de Jean Anouilh.
Lorsque les Allemands ont envahi la France, les dirigeants politiques du gouvernement français ont fui vers Bordeaux (ville natale d’Anouilh). Une fois arrivés, ils ont dû prendre la décision difficile à laquelle chaque Français allait être confronté pendant la guerre : résister ou céder ?
Le 17 juin 1940, le peuple français entendit, choqué, le maréchal Pétain annoncer un armistice avec les Allemands à la radio. Pétain (âgé de 84 ans) était un grand héros de guerre qui s’était vaillamment battu contre les Allemands durant la première Guerre Mondiale en particulier à la bataille de Verdun.
Voici le texte du célèbre appel du 17 juin :
« Français ! J'ai demandé à nos adversaires de mettre fin aux hostilités. Le gouvernement a désigné mercredi les plénipotentiaires chargé de recueillir leurs conditions.
J'ai pris cette décision, dure au cœur d'un soldat, parce que la situation militaire l'imposait. Nous espérions résister sur la ligne de la Somme et de l'Aisne. Le général Weygand avait regroupé nos forces. Son seul nom présageait la victoire. Pourtant la ligne a cédé et la pression ennemie a constraint nos forces à la retraite.
Dès le 13 juin, la demande d'armistice était inévitable. Cet échec vous a surpris. Vous souvenant de 1914 et de 1918, vous en cherchez les raisons. Je vais vous les dire.
Le 1er mai 1917, nous avions encore 3 280 000 hommes aux armées, malgré trois ans de combats meurtriers. A la veille de la bataille actuelle, nous en avions 500 000 de moins. En mai 1918, nous avions 85 divisions britanniques : en mai 1940, il n'y en avait que 10. En 1918, nous avions avec nous les 58 divisions italiennes et les 42 divisions américaines.
L'infériorité de notre matériel a été plus grande encore que celles de nos effectifs. L'aviation française a livré à un contre six ses combats. Moins forts qu'il y a vingt-deux ans, nous avions aussi moins d'amis. Trop peu d'enfants, trop peu d'armes, trop peu d'alliés : voilà notre défaite.
Le Peuple français ne conteste pas ses échecs. Tous les peuples ont connu tour à tour des succès et des revers. C'est par la manière dont ils réagissent qu'ils se montrent faibles ou grands.
Nous tirerons la leçon des batailles perdues. Depuis la victoire, l'esprit de jouissance l'a emporté sur l'esprit de sacrifice. On a revendiqué plus qu'on a servi. On a voulu épargner l'effort : on rencontre aujourd'hui le malheur. J'ai été avec vous dans les jours glorieux. Chef du gouvernement, je suis et resterai avec vous dans les jours sombres. Soyez à mes côtés. Le combat reste le même. Il s'agit de la France, de son sol, de ses fils. »