Discussion

« La tragédie que nous étions en train de vivre »

Propaganda poster showing members of the Resistance, accusing them of various crimes
Affiche rouge

Il y a deux choses importantes à remarquer concernant votre édition d’Antigone, choses qui ne font pas partie de la pièce elle-même. D’abord, regardez la page qui précède la liste des personnages. Il est mentionné que « ANTIGONE de Jean Anouilh a été présentée pour la première fois à Paris le 4 février 1944 au théâtre de l’atelier. . . » Remarquez la date. C’était exactement 4 mois et 2 jours avant que les Alliés n’arrivent en Normandie. Paris fut libérée le 25 août 1944. En d’autres termes, les premières représentations de cette pièce ont eu lieu pendant la deuxième Guerre Mondiale, alors que les Allemands occupaient encore la France.

Regardez maintenant vers la fin de votre livre où il est écrit « Dans la même collection ». Le premier paragraphe de cette page est une brève déclaration de Jean Anouilh expliquant la raison pour laquelle il a décidé de ré-écrire la fameuse tragédie de Sophocle :

« L’Antigone de Sophocle, lue et relue et que je connaissais par cœur depuis toujours, a été un choc soudain pour moi pendant la guerre, le jour des petites affiches rouges. Je l’ai ré-écrite à ma façon, avec la résonance de la tragédie que nous étions alors en train de vivre ».

Anouilh avait donc lu la tragédie de Sophocle un nombre indéterminé de fois, tant qu’il la connaissait par cœur. La tragédie lui revint soudainement en tête le jour « des petites affiches rouges ». Qu’étaient ces petites affiches rouges ? C’était des affiches de propagande allemande contre un groupe de jeunes résistants qui allaient être exécutés. Les Allemands souhaitaient monter l’opinion publique contre ces jeunes gens en les faisant passer pour des criminels. Si vous connaissez déjà la tragédie grecque d’Antigone, vous devez maintenant comprendre pourquoi Anouilh a pensé à cette histoire-là en voyant les petites affiches rouges. Antigone, jeune et idéaliste, est tragiquement exécutée pour avoir résisté à l’autorité politique.