Lecture

Deux poèmes de la Négritude

Avant de lire, imaginez ce que dirait un sujet colonial, obligé par des colonisateurs à changer de mœurs et de vêtements. Quelle impression est-ce que ces coutumes étrangères créeraient sur celui qui est forcé de les adopter ?

Léon Gontran Damas, « Solde » (Pigments, 1937)

Pour Aimé Césaire

  1. J’ai l’impression d’être ridicule
  2. dans leurs souliers
  3. dans leur smoking 1
    dinner jacket
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  4. dans leur plastron 2
    false shirt front
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  5. dans leur faux-col
  6. dans leur monocle
  7. dans leur melon 3
    chapeau melon
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  1. J’ai l’impression d’être ridicule
  2. avec mes orteils qui ne sont pas faits
  3. pour transpirer du matin jusqu’au soir qui déshabille
  4. avec l’emmaillotage 4
    bindings
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    qui m’affaiblit les membres
  5. et enlève à mon corps sa beauté de cache-sexe 5
    loin-cloth
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  1. J’ai l’impression d’être ridicule
  2. avec mon cou en cheminée d’usine
  3. avec ces maux de tête qui cessent
  4. chaque fois que je salue quelqu’un
  1. J’ai l’impression d’être ridicule
  2. dans leurs salons
  3. dans leurs manières
  4. dans leurs courbettes 6
    low bows (to kowtow)
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  5. dans leurs multiples besoins de singeries
  1. J’ai l’impression d’être ridicule
  2. avec tout ce qu’ils racontent
  3. jusqu’à ce qu'ils vous servent l’après-midi
  4. un peu d’eau chaude
  5. et des gâteaux enrhumés
  1. J’ai l’impression d’être ridicule
  2. avec les théories qu’ils assaisonnent
  3. au goût de leurs besoins
  4. de leurs passions
  5. de leurs instincts ouverts la nuit
  6. en forme de paillasson 7
    doormat
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  1. J’ai l’impression d’être ridicule
  2. parmi eux complice
  3. parmi eux souteneur
  4. parmi eux égorgeur 8
    cut-throat
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  5. les mains effroyablement rouges
  6. du sang de leur ci-vi-li-sa-tion