Discussion

La voix du sujet colonial : La Négritude

Part of a mural showing a man in a powdered wig
Detail from a mural in Africa depicting colonialism

Au contact des jeunes Africains étudiant à Paris, Aimé Césaire et son ami guyanais Léon Gontran Damas (qu’il connaissait depuis la Martinique), découvrirent peu à peu une part refoulée de leur identité, la composante africaine, victime de l’aliénation culturelle caractérisant les sociétés coloniales de La Martinique et de La Guyane. En septembre 1934, Césaire fonda, avec d’autres étudiants antillo-guyanais et africains (parmi lesquels Léon Gontran Damas, Guy Tirolien de La Guadeloupe ainsi que Léopold Sédar Senghor et Birago Diop du Sénégal), le journal L’étudiant noir. Ce fut dans les pages de cette revue qu’apparut pour la première fois le terme « Négritude ». Cette expression, forgée en 1935 par Aimé Césaire et utilisée dans la troisième publication de la revue, fut pour ce dernier une manière de revendiquer son identité noire et sa culture.

La Négritude est un mouvement à caractère politique et culturel qui rassemblait des écrivains noirs francophones et dont le but fut de créer entre les Noirs du monde entier, sans distinction de nationalité, un lieu intellectuel et moral qui leur permette de mieux se connaître… et d’illustrer leur race. Bien que ce terme ait été inventé par Césaire, Senghor (premier président du Sénégal, premier Africain à siéger à l’Académie française et aussi premier Africain titulaire de l’agrégation) incarnait, aux yeux de tous, le rôle de propagandiste et de leader du mouvement de part ses nombreux textes sur le sujet. D’après lui, ce mouvement représentait « le patrimoine culturel, les valeurs, et surtout l’esprit de la civilisation négro-africaine. »

Old photo of a village in Africa
Colonial Senegal

La Négritude fut le point de non-retour dans le réveil politique en Afrique et dans les Antilles et a occupé une place importante dans la re-découverte des grands dirigeants politiques noirs qui ont marqué l’histoire. Néanmoins, le mouvement a donné naissance à différentes interprétations et controverses. Certains écrivains tel que Stanislas Adotévi, auteur de Négritude et négrologues paru en 1972, pensent que le mouvement aurait dû être au service de la culture et non de la politique, faisant allusion à Senghor qui fut président du Sénégal de 1960 à 1980 sous l’égide de la négritude. L’une des critiques les plus extrêmes fut celle de Wole Soyinka qui dit : « Le tigre ne proclame pas sa tigritude. Il bondit sur sa proie et la dévore ». Il insinue que le nègre ne devrait pas gaspiller son temps à proclamer sa négritude. Césaire lui-même s’est écarté du cercle jugeant le terme presque raciste.