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Léopold Senghor, « Femme noire » (Chants d’Ombre, 1945)

  1. Femme nue, femme noire
  2. Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
  3. J’ai grandi à ton ombre ; la douceur de tes mains bandait 1
    cachait
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    mes yeux
  4. Et voilà qu’au cœur de l’Eté et de Midi,
  5. Je te découvre, Terre promise, du haut d’un haut col calciné 2
    brûlé
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  6. Et ta beauté me foudroie 3
    frappe
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    en plein cœur, comme l’éclair d’un aigle
  1. Femme nue, femme obscure
  2. Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fais lyrique ma bouche
  3. Savane 4
    plaine
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    aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du Vent d’Est
  4. Tamtam 5
    tom-tom
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    sculpté, tamtam tendu qui gronde 6
    rumbles
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    sous les doigts du vainqueur
  5. Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l’Aimée
  1. Femme noire, femme obscure
  2. Huile que ne ride 7
    ripple
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    nul souffle, huile calme aux flancs de l’athlète, aux flancs des princes du Mali
  3. Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau.
  1. Délices des jeux de l’Esprit, les reflets de l’or ronge 8
    gnaws at
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    ta peau qui se moire 9
    shimmers like the moon in a silvery light
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  2. À l’ombre de ta chevelure, s’éclaire mon angoisse 10
    peur
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    aux soleils prochains de tes yeux.
  1. Femme nue, femme noire
  2. Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l’Éternel
  3. Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie.