Analyse

L’harmonie de la nature et le thème de la mort

Detail from a painting of a green valley and rosebushes
A peaceful valley (from a painting by Renoir)

Dans une belle vallée fleurie que traverse une petite rivière chantante dort paisiblement un soldat, le visage éclairé par les doux rayons de l’astre solaire. Ce décor est caractérisé par une beauté pastorale profonde—on pourrait le retrouver dans un texte littéraire romantique ou dans un conte de fée [fairy tale]. Le jeune homme a des plantes vertes pour oreiller [pillow] et des fleurs pour repose-pied. Mais en se détachant de l’impression générale donnée par le décor et en se rapprochant un peu du soldat, le lecteur commence à comprendre que quelque chose ne va pas. Le dormeur est pâle et il a froid. Il sourit mais son sourire ressemble à celui d’un enfant malade. Rimbaud, même à la fin du poème, ne nous dit rien directement: « Il a deux trous rouges au côté droit ». Toute illusion de tranquillité pastorale est alors, et de façon irrémédiable, détruite par la dure réalité d’un corps sans vie. Le dormeur ne dort pas; il est mort.

A drawing of a Franco-Prussian soldier
A Franco-Prussian soldier

Quand avez-vous deviné que le « dormeur » était en fait mort ? Si vous êtes quelqu’un de cynique, peut-être le saviez-vous au début. Ou peut-être ne l’avez-vous pas deviné jusqu’à la fin. D’autres détails que ceux dont nous venons de parler indiquent au lecteur que le soldat est mort. L’endroit où le jeune homme se trouve, par exemple. Ses pieds reposent dans des glaïeuls [gladiolas], une fleur versaillaise qui représente à la fois la guerre et la mort. Le mot « gladiolas » signifie « petites épées [swords] » en latin. Un autre indice encore plus sinistre : le soldat a la tête dans le « cresson bleu », mot d’origine allemande. La date du poème (1870) indique qu’il fut écrit pendant la guerre franco-prussienne au cours de laquelle les Français essayèrent en vain de battre les Allemands.

Peu importe le moment où vous avez compris que le dormeur ne dormait pas, vous avez probablement ressenti à ce moment-là le conflit généré par la juxtaposition d’un décor serein et de la dure réalité de la guerre.