La seconde joie, à ce qu’on dit, c’est quand la dame se sent richement habillée et sait bien qu’elle est belle (et si elle ne l’est pas, elle le pense, et ainsi le croît), et va à plusieurs fêtes, assemblées et pèlerinages ; et parfois cela ne plaît pas au mari ; et c’est ainsi qu’elle complote avec sa cousine, son amie et son cousin, qui d’ailleurs ne lui est rien, mais elle a pour coutume de l’appeler ainsi, et pour une bonne raison. Même sa mère, qui est parfois au courant des affaires, a dit au pauvre homme qu’il est un cousin pour lui soulager son cœur si lourd.
Parfois, le mari, qui ne veut pas qu’elle y aille, dira qu’il n’y a pas de chevaux, ou autre chose. Alors la cousine ou l’amie dira : « Par Dieu, mon ami ou mon cousin, je suis agacée d’aller maintenant à la fête car j’ai tant à faire à notre maison ; mais, ce ne plut à Dieu, si ce n’était pour votre honneur et le mien, je n’en parlerai pas, et ma foi, je sais bien que ça ne plaît pas à ma cousine (ou mon amie), votre femme, d’y aller car de toutes les femmes que je connais , c’est celle qui a le plus hâte de partir quand elle arrive. »
Alors le bon homme est convaincu et demande qui les amènera et qui les accompagnera.
« Ma foi, mon ami (ou mon cousin), il y vient votre dame la mère de ma cousine, votre femme, et la femme d’un tel et d’un tel, et mon cousin et le vôtre, et les autres femmes de notre rue ou du voisinage : je dirai que pour ce qui est de la respectabilité et de l’honneur, il y aura aussi bonne compagnie qu’à la cour de la fille d’un roi. » Et peut-être celle qui parle porte une robe ou quelques joyaux pour bien jouer le jeu, ce qui arrive souvent.
Alors la dame qui voit qu’elle a permission, fait semblant qu’elle aimerait mieux ne pas y aller. « Vraiment » fait la cousine ou l’amie, « vous viendrez. »
Alors le bon homme prend à part sa cousine et lui dit : « Mon amie, si je n’avais pas confiance en vous, elle n’irait pas. »
Elles se mettent en chemin, et puis se moquent du bon homme, et se disent l’une à l’autre qu’il est sûrement jaloux mais qu’il ne peut rien y changer.
À présent le pauvre homme est en déficit à cause des dépenses de sa femme, lesquelles dépenses sont faites pour aller aux fêtes où les galants de toutes parts se rendent, et chacun d’entre eux, pour sa part, espère tromper le pauvre homme qui ne peut leur échapper.
Ainsi le pauvre homme en perd ses biens et devient faible et dépressif. Et sa femme ne l’aimera jamais plus si ce n’est pour passer le temps ou pour lui faire ombrage. Alors il est pris dans la nasse (the net), et s’il ne l’était pas, il s’y jetterait la tête la première. Ainsi il gâche sa vie, toujours languissant, et finira ses jours misérablement.