Vers la fin du Moyen Âge, même les sujets plus graves sont traités avec une légèreté relative. Par exemple, Les Quinze Joies de Mariage (début du XVe, texte anonyme souvent attribué à Antoine de la Sale) que nous étudions dans cette leçon combine une longue tradition misogyne et certains aspects du culte de la Vierge Marie. L’Église avait toujours pris une position clairement anti-féminine et ce texte ne fait pas exception à cette règle. Ce qui est intéressant, c’est que quinze exemples de misogynie nous sont présentés ici comme autant de joies. Ainsi, l’auteur présente une parodie—ou plutôt, un parallèle— dans la tradition chrétienne des Quinze Joies de la Vierge (par exemple, l’Annonciation, la Nativité, la visite des rois mages, et la Résurrection de Jésus).
Le texte Les Quinze Joies de Mariage illustre le malheur de l’homme qui se trouve pris dans la « nasse » (captured by a net) du mariage. Le texte est écrit en prose et fait partie de la préhistoire de la nouvelle française. Le style d’écriture ressemble beaucoup au langage parlé (que nous avons modernisé ici pour vous). Ainsi, lorsque l’on lit les quinze histoires on a l’impression d’écouter une description orale de la vie quotidienne des hommes qui sont victimes de leurs femmes vaniteuses, coquettes, menteuses, et rusées. Malheureusement, ce texte contre les femmes n’est pas un cas isolé, mais fait plutôt partie d’une tradition dont Le Roman de la Rose de Jean de Meun est l’exemple le plus célèbre.
Dans cette leçon, vous allez lire « La Seconde Joie » et plus tard, la réaction de Christine de Pizan contre la tradition misogyne exemplifiée dans ce texte.