L’approche scientifique est un élément appartenant au mouvement naturaliste plus qu’au mouvement réaliste. Si le réaliste est archéologue, le naturaliste est docteur. Alors que le réalisme s’intéresse davantage aux principes sociaux, le naturalisme, lui, s’intéresse aux principes naturels. Le naturaliste traite les problèmes de la société comme on traiterait un cas médical. Le naturaliste s’intéresse à l’hérédité et à la transmission héréditaire de problèmes tels que l’alcoolisme, la violence et la prostitution. Le naturaliste procède à une analyse scientifique des personnages qui ainsi se rapprochent, d’une certaine façon, de la classe animale. Le passage suivant, tiré de la préface de Thérèse Raquin d’Émile Zola, vous donnera une idée assez exacte de ce qu’est le naturalisme :
« . . . mon but a été un but scientifique avant tout. Lorsque mes deux personnages, Thérèse et Laurent, ont été créés, je me suis plu à me poser et à résoudre certains problèmes : ainsi, j’ai tenté d’expliquer l’union étrange qui peut se produire entre deux tempéraments différents, j’ai montré les troubles profonds d’une nature sanguine au contact d’une nature nerveuse. Qu’on lise le roman avec soin, on verra que chaque chapitre est l’étude d’un cas sérieux de physiologie. En un mot, je n’ai eu qu’un désir: [. . .] chercher en eux la bête, ne voir même que la bête, les jeter dans un drame violent, et noter scrupuleusement les sensations de ces êtres. J’ai simplement fait sur deux corps vivants le travail analytique que les chirurgiens font sur des cadavres. »
Les personnages de cette histoire n’ont pas d’âme. Ils font penser à des animaux. Une explication scientifique est donnée pour chacune de leurs actions. Le naturalisme montre le contraste qui existe entre le principe social et le principe naturel. Pour le naturaliste, le sang est plus fort que toute une personnalité. On peut donner à toute action une explication physiologique. Comme Zola l’écrit :
« Les amours de mes deux héros sont le contentement d’un besoin ; le meurtre qu’ils commettent est une conséquence de leur adultère, conséquence qu’ils acceptent comme les loups acceptent l’assassinat des moutons ; enfin, ce que j’ai été obligé d’appeler leurs remords, consiste en un simple désordre organique, en une rébellion du système nerveux tendu à se rompre. L’âme est parfaitement absente, j’en conviens aisément, puisque je l’ai voulu ainsi. »
Si vous lisez Thérèse Raquin, vous vous rendrez compte que le récit n’est pas aussi clinique que Zola l’affirme. Sa préface, toutefois, définit de façon claire les buts du naturalisme comme étant scientifiques.