Une génération qui marche sur des ruines

A painting of the Louvre in ruins
Vue imaginaire de la Grande Galerie du Louvre en ruines par Hubert Robert

Voici comment Alfred de Musset (1810-1857) décrit cette instabilité dans son roman La confession d’un enfant du siècle (1836) :

« Les uns disaient : ce qui a causé la chute de l’empereur, c’est que le peuple n’en voulait plus ; les autres : le peuple voulait le roi ; non, la liberté ; non, la raison ; non, la religion ; non, la constitution anglaise ; non, l’absolutisme ; un dernier ajouta : non ! Rien de tout cela, mais le repos ; (et ils continuèrent ainsi, tantôt raillant, tantôt disputant, pendant nombre d’années, et, sous prétexte de bâtir, démolissant tout pierre à pierre. . . »
(Œuvres Complètes, Ed. R. Dore, T. 7. Paris, Conard, 1937. Page 11)

Musset décrit également ce que la vie avait à offrir à la jeunesse de l’époque :

« . . . la vie qui s’offrait alors aux jeunes gens : derrière eux un passé à jamais détruit, s’agitant encore sur ses ruines, avec tous les fossiles des siècles de l’absolutisme ; devant eux l’aurore d’un immense horizon, les premières clartés de l’avenir; et entre ces deux mondes. . . quelque chose de semblable à l’océan qui sépare le vieux continent de la jeune Amérique » (11)

Le présent est rempli de doute et de confusion :

« . . . le siècle présent, en un mot, qui sépare le passé de l’avenir, qui n’est ni l’un ni l’autre et qui ressemble à tous deux à la fois, et où l’on ne sait, à chaque pas qu’on fait, si l’on marche sur une semence ou sur un débris. Voilà dans quel chaos il fallut choisir alors; voilà ce qui se présentait à des enfants pleins de force et d’audace, fils de l’empire et petit-fils de la Révolution. » (11)

Musset nous décrit une génération qui marche sur des ruines. Le passé a été détruit à jamais et le futur est incertain. La monarchie et la religion n’offriront dorénavant plus la stabilité qu’elles ont offerte jusqu’ici. C’est une génération désenchantée, où l’illusion n’a plus sa place :

« Et quand on parlait du trône et de l’autel, ils répondaient : ce sont quatre ais de bois; nous les avons cloués et décloués » (13-14)

Les mots « trône » et « autel » ne représentent plus, pour cette génération, que du bois et des clous. En d’autres termes, la monarchie et la religion ont été démystifiées. Voici quelques mots-clefs qui peuvent être utilisés pour décrire le mouvement romantique, et qui vous permettront de mieux le comprendre : désillusion, mélancolie, incapacité à se rattacher à quelque chose qui nous est supérieur. Comme Musset l’écrit :

« Un sentiment de malaise inexprimable commença donc à fermenter dans tous les cœurs jeunes. »

Cette maladie est ce qu’on appelle le mal du siècle : une sorte de dépression à grande échelle.