A painting of arches and columns
Église gothique en ruines par Carl Blechen

Le romantisme

Quoique cela puisse paraître un peu simpliste, on peut, dans un souci de clarté, diviser le mouvement romantique en deux périodes. Les premiers romantiques, tels qu’Alfred de Musset et Alfred de Vigny (la particule « de » indiquant qu’il s’agit de nobles), menaient une révolte aristocratique. Leurs écrits révèlent une grande nostalgie pour l’ancien régime. Le deuxième groupe, en contre-partie, était une sorte de mouvement de la jeunesse socialiste qui menait une révolte contre le capitalisme. Victor Hugo, le plus grand des romantiques, fait partie des deux groupes à la fois. Royaliste à ses débuts, il finit par s’intéresser de près à tout ce qui touchait aux valeurs sociales. Si vous avez lu Les misérables, ou au moins vu la comédie musicale du même nom, vous devez déjà avoir une idée précise de ce qu’est le romantisme engagé—pensez aux rues pleines de barricades et à la jeunesse qui se bat.

Souvent les livres simplifient le romantisme en le réduisant à des termes de temps, de nature et d’amour, mais vous ne pouvez pas réduire le mouvement romantique à ces trois thèmes seulement. En effet, le temps, l’amour et la nature étaient déjà présents dans beaucoup des textes que vous avez lus jusqu’ici. Charles d’Orléans est-il un romantique ? Pensez maintenant à l’Ode à Cassandre de Ronsard, ou encore aux écrits de Du Bellay. Vous voyez bien qu’il faut remettre ces trois thèmes dans le contexte décrit plus haut. Considérons chaque thème individuellement :

A painting of people at different stages of life at a seashore
Les étapes de vie par Caspar David Friedrich
Le temps : dans le romantisme on parle d’un passé détruit à tout jamais et de l’impossibilité de vivre au présent. L’histoire, ainsi que le sentiment de nostalgie, expriment constamment le thème de la quête impossible pour la stabilité.
A painting of a man standing on a mountain above the mist
Le voyageur au-dessus de la mer de nuages par Caspar David Friedrich
La nature : il ne s’agit pas ici de la nature telle que vue pas les philosophes du siècle des lumières. Cette nature-ci est profondément individualisée. Elle devient le moyen par lequel on exprime ses sentiments plutôt que l’objet de la recherche scientifique. Elle est un refuge qui garde ses protégés des dangers de la civilisation et des valeurs commerciales bourgeoises. Voilà donc la raison pour laquelle la représentation quintessencielle du mouvement romantique est ce qu’elle est : un individu se tenant seul au sommet d’une montagne et contemplant, au-dessous de lui, le monde civilisé. Inspirés par Rousseau, les romantiques imaginent la nature comme un repositoire du sacré que la civilisation a détruit.
A painting of a woman being buried and a man mourning over her
Atala au tombeau par Anne-Louis Girodet-Trioson
L’amour : le romantisme inclut aussi un renouveau de l’intérêt pour l’amour chevaleresque. Cette nostalgie des règles rigides de l’amour courtois prouve l’existence d’un désir d’ordre. Le concept d’un amour impossible est aussi un élément-clé du romantisme. Dans un univers où la foi n’existe plus, la chrétienté ne peut pas établir de liens transcendants entre les êtres et les choses, les êtres entre eux, etc. L’amour chrétien ne fonctionne plus comme avant. La littérature romantique se concentre souvent sur un amour impossible ou perdu, comme par exemple l’amour pour des personnes mortes. L’amour d’éléments nouveaux et de l’exotisme fait aussi partie de cette fameuse quête pour quelque chose de transcendant.

Je le redis : les thèmes du romantisme décrits ci-dessus ne doivent pas être analysés hors de leur contexte historique, autrement ils deviennent trop généraux et n’ont, par conséquent, plus vraiment de sens. À la fin de cette leçon, vous devrez associer des extraits littéraires aux mouvements auxquels ils se rattachent. L’exercice qui suit vous permettra d’évaluer les connaissances et la compréhension que vous avez du mouvement romantique.