Le pont qui sépare la petite ville française de la grande ville est une bonne métaphore de l’œuvre autobiographique de Gabrielle Roy, car il relie et il sépare à la fois deux sphères d’existence. Cet écart géographique est emblématique de l’écart temporel entre la jeune fille du récit et la vieille dame qui l’écrit. Roy explique ainsi ce problème dans son autobiographie ainsi ce problème dans son autobiographie : « Cette enfant que je fus m’est aussi étrangère que j’aurais pu l’être à ses yeux, si seulement ce soir-là, à l’orée de la vie comme on dit, elle avait pu m’apercevoir telle que je suis aujourd’hui. De la naissance à la mort, de la mort à la naissance, nous ne cessons par le souvenir, par le rêve, d’aller comme l’un vers l’autre, à notre propre rencontre, alors que croît entre nous la distance. » (page 80) Le problème de son identité se multiplie. Tout comme la jeune fille apprend qu’elle est étrangère dans son propre pays, la vieille dame qui écrit son autobiographie comprend qu’elle est aussi séparée de sa jeunesse que la grande ville de Winnipeg était séparée de la petite ville française de l’autre côté du pont. La jeune fille, dont la vien’est pas encore vécue (tout comme l’argent pas encore dépensé de la mère), fera toujours partie du rêve de la traversée du pont. Elle n’est pas encore devenue la vieille dame qui écrit ses mémoires; elle est encore porteuse du rêve que la mère avait de se venger— se venger d’une condition que la vieille dame jugera « irrémédiable ».