Certains biographes ne peuvent s’empêcher de voir une analogie entre le réalisme sans faille de Flaubert et la profession de chirurgien de son père. On parle souvent du « sens de l’observation scientifique » de Flaubert. Est-ce que l’environnement médical dans lequel Flaubert a évolué pourrait avoir influencé sa façon d’écrire ? Bien évidemment. Mais à quel point ? En 1857, Sainte-Beuve, auteur et critique littéraire, fit allusion aux origines de Flaubert: « Fils et frère de médecins distingués, M. Flaubert tient la plume comme d’autres le scalpel » (Du romantisme au symbolisme 369 Henri Lemaitre, Pierre Bordas et fils, 1982). Une comparaison de ce type révèle les prétentions scientifiques du réalisme. Mais Flaubert n’était que le fils d’un chirurgien, il n’était pas né réaliste.
Flaubert était bien plus porté sur l’art et l’expression artistique que sur le milieu clinique de la profession de son père. L’étude du droit l’attirait encore moins. Influencé par la tendance générale de l’époque, le style de Flaubert dans ses premières œuvres se rapproche plus du romantisme que du réalisme. Madame Bovary est d’ailleurs la preuve du rejet que l’auteur fait de ses tendances romantiques et romanesques du début. Selon la petite histoire, Flaubert se serait inspiré d’une idée de son ami Louis Bouilhet (poète et auteur) pour écrire Madame Bovary. Après avoir écouté Flaubert lire ses écrits les plus récents à haute voix pendant 32 heures, Maxime du Camp et Louis Bouilhet (tous deux amis intimes de Flaubert) lui conseillèrent de jeter le tout au feu. Bouilhet fit alors part à Flaubert d’une idée qui ferait, selon lui, un meilleur roman : le roman serait basé sur l’histoire vraie d’un docteur (ancien étudiant du père de Flaubert lui-même) dont la seconde femme s’était empoisonnée après avoir vécu une vie digne de la nymphomane qu’elle était. Flaubert a accepté le défi et, après des années de travail, a publié un roman qui fut à la fois un grand succès et la cause d’un scandale littéraire et social. Flaubert fut condamné pour crime (et plus tard acquitté) parce que son livre était trop offensif sur le plan moral pour la société de l’époque. Ce scandale dont tous les journaux parlaient n’a fait qu'augmenter les ventes. Le succès de Flaubert en tant qu’auteur et réaliste a commencé avec la parution de Madame Bovary.