Analyse

La curiosité et le siècle des lumières

Dans cette lettre, Rica remarque que « Les habitants de Paris sont d’une curiosité qui va jusqu’à l’extravagance ». La lettre entière se concentre sur la nature superficielle de la curiosité parisienne. Tout comme Rabelais satirise les formes extrêmes des valeurs humanistes, Montesquieu critique les formes inappropriées de la curiosité.

La condamnation de la curiosité inappropriée, ou mala curiositas, a une histoire qui remonte aux écrits de Saint Augustin au cinquième siècle. Le fait de se concentrer sur quoi que ce soit qui ne mène pas une personne à penser à Dieu était considéré comme une forme de curiosité vaine et mauvaise. Au XVIIe siècle, Pascal a déclaré que la curiosité n’est rien de plus que de la vanité. Mais au XVIIIe siècle, la curiosité était promue en tant qu’instrument pour faire avancer le progrès. La curiosité était justifiée en tant que moteur de la découverte scientifique. Montesquieu s’est adressé à l’Académie des sciences sur le sujet de la curiosité. Il prétendait que la curiosité pouvait mener à la démystification et donc au vrai savoir. La curiosité pourrait être un instrument pour vaincre la superstition. L’enthousiasme universel pour le savoir a transformé la curiosité de péché en vertu.

Dans la lettre de Rica, Montesquieu semble suggérer que la curiosité est frivole et vaine si elle ne mène pas à la recherche et à la découverte. Les Parisiens sont curieux au niveau le plus superficiel. Ils sont intéressés par les habits bizarres de Rica. Il sont fascinés par l’exotique simplement parce que c’est différent. Bien qu’il rejette la tradition de Saint Augustin, Montesquieu impose des limites à sa propre curiosité. L’idée religieuse que la curiosité est vaine et mauvaise si elle ne mène pas une personne à Dieu, a été remplacée par l’idée du siècle des lumières que la curiosité est vaine si elle ne mène pas au savoir et au progrès.