Regardez tout ce que Montesquieu réussit à critiquer dans sa lettre. Il commence par une remarque assez innocente et naïve au sujet des appartements. Le lecteur peut rire de la description faite par Rica des maisons empilées les unes sur les autres. Ensuite, Rica fait un commentaire un peu plus fort au sujet des rues surpeuplées. Son expression de frustration—« j'enrage quelquefois comme un chrétien »—se moque d’une façon subtile de l’expression française raciste de l’époque: « J’enrage comme un Turc ». Par la suite, Montesquieu satirise la politique et la religion.
Les écrits de Montesquieu sont à la fois extrêmement conservateurs et révolutionnaires. La critique au sujet du roi qui vend des titres de noblesse n’est pas un simple commentaire sur « l’orgueil humain », c’est aussi une déclaration contre la mobilité sociale. Montesquieu, comme beaucoup d’autres membres de la noblesse, voyait la vente des titres comme une menace pour l’ordre social. Cependant, les commentaires de Montesquieu sur la religion ridiculisent la pratique et la croyance religieuse. Comme la plupart des philosophes, Montesquieu était fortement contre tout ce qui ressemblait à de la superstition. Les croyances religieuses étaient particulièrement susceptibles d’être la cible de telles attaques.
On peut facilement comprendre pourquoi Montesquieu a publié la première édition anonymement. La critique des doctrines catholiques est forte. De plus, il décrit un roi qui déstabilise la hiérarchie de la société pour financer ses exploits et qui voit des ennemis partout (à l’intérieur de son pays aussi bien qu’à l’étranger). L’image d’un roi qui passe trente ans à combattre des ennemis invisibles n’est pas très flatteuse.
Maintenant, lisez la lettre 30 et voyez quelles autres attitudes et coutumes sont satirisées. Pendant que vous lisez, pensez aux écrits satiriques de Rabelais. Est-ce qu’il y a des similarités dans cette lettre ?