Analyse

Vanité et honnêteté

Molière a passé quatre ans à écrire cette pièce. La pièce a été présentée au Théâtre de la salle du Palais-Royal pour la première fois le 11 mars 1672 et elle a connu un succès immédiat. Comme la plupart de ses pièces, Les Femmes savantes s’adresse à l’actualité. Dans la scène que vous venez de lire, Molière traite de l’éducation des femmes et de l’Académie française. Il fait référence à Vaugelas, célèbre membre de l’Académie et auteur de Remarques sur la langue française (1647). Disciple de Vaugelas, Philaminte évoque l’autorité de l’académicien pour licencier (fire) sa servante. Offenser la grammaire, selon Philaminte est le pire des crimes. À ses yeux, la grammaire est supérieure même au roi :

  1. « La grammaire, qui sait régenter jusqu’aux rois,
  2. Et les fait la main haute obéir à ses lois ?»

Selon Philaminte, l’autorité suprême de la grammaire rivalise avec l’autorité de Dieu. Autrement dit, Philaminte fait de la grammaire son idole. Il est vrai que Vaugelas voulait préserver la pureté de la grammaire et, pour ce faire, il a interdit la création de nouveaux mots (même par le roi !), mais Vaugelas était beaucoup moins tyrannique que Philaminte.

Molière ne ridiculise pas Philaminte parce qu’elle est éduquée, mais parce qu’elle manque de réserve et de modestie. Molière n’est pas contre l’éducation des femmes ; il est contre le déséquilibre. Philaminte menace l’équilibre de sa famille parce qu’elle est trop préoccupée par la poursuite de ses études. Elle perd le bon sens et cherche l’intelligence plutôt que l’honnêteté.

L’honnêteté est un terme important au XVIIe siècle. « L’honnête homme » (ou femme) personnifie un idéal de politesse et de bonne conduite à la cour et dans les salons de la littérature. L’honnêteté n’est pas une qualité réservée à la noblesse (comme l’était la courtoisie au Moyen Âge et à la Renaissance), mais une caractéristique recherchée par la noblesse et par les bourgeois, car l’honnête homme mérite le titre par sa conduite et non par sa naissance. L’honnête homme est tolérant, éduqué, et a de l’esprit (wit). Il sait plaire avec son intelligence sans jamais ennuyer ni choquer. Philaminte est très instruite, mais elle se comporte comme une pédante. Molière critique sa vanité et son manque d’honnêteté. Molière suggère que devenir honnête femme est plus important que de devenir femme savante.