Part 2: Towards analysis

Objective

Learn to read for meaning beyond the plot by placing the story in a cultural context. Read the interpretation provided as an example for your own unique analysis.

Analyse

Maintenant que vous avez compris ce qui se passe dans l'histoire, il faut tâcher d'en saisir le sens. Une des méthodes possibles est d'analyser l’œuvre dans son contexte culturel et historique. En appliquant cette méthode à ce raisonnement, je vous aiderai à découvrir l'une des interprétations que l'on peut donner au texte. À la fin de cette leçon vous devrez donner votre propre interprétation.

Adam and Eve (left) and Mary and the Christ Child (right)
Two feminine archetypes of the Middle Ages: Eve and the Virgin Mary

Marie de France est la première femme poète de la littérature française. Elle vivait à la cour à une période où la courtoisie était à la mode dans la vie quotidienne et dans la littérature. La courtoisie donne l'impression d'exalter la femme et de la placer au sommet de la pyramide féodale. En effet, selon l'amour courtois, le chevalier doit tout faire pour plaire à sa dame. Il doit être fidèle et soumis. Il doit essayer de lui prouver qu'il est digne d'elle. Cette structure semble donner beaucoup de pouvoir aux femmes. Cependant, l'amour courtois, bien que faisant partie du système féodal, ne le remplace pas. La dame noble (généralement inaccessible parce que mariée ou de condition supérieure) ne remplace pas le seigneur. En effet, les chevaliers des légendes d'Arthur, par exemple, savent très bien que Dieu et le roi doivent être leur priorité. L'autorité de la femme se limite au domaine de l'amour, domaine dans lequel elle est placée sur un piédestal. Son seul pouvoir repose sur le fait qu'elle est inaccessible. Le chevalier a plus de motivation à être vaillant à cause de l'espoir qu'il a d'un jour mériter une femme de statut supérieur. Dans ce cas-là, la femme sert les exigences (requirements) du système féodal, mais pas ses propres désirs. Au Moyen Âge, il existe deux grands archétypes d'image féminine : Ève et la Vierge Marie. Si la femme inspire les hommes à servir Dieu et leur seigneur, elle est comme Marie. Si elle suit ses propres désirs (au lieu de s’efforcer d'être l'objet du désir), elle devient comme Ève (qui était méprisée parce que considérée comme responsable de la chute d'Adam).

Quand on lit Le lai du laüstic, il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'une histoire d'amour courtois racontée par une femme poète. On y voit une femme noble qui se laisse séduire par un chevalier. Le mari est jaloux parce que la femme se lève la nuit pour entendre chanter un rossignol. En tuant l'oiseau, le mari élimine l'excuse de la femme. Elle ne peut plus aller à la fenêtre pour parler à son amant. À la fin de l'histoire la femme prend l'oiseau, l'enveloppe dans du tissu brodé, et le fait envoyer à son amant. Celui-ci enferme l'oiseau dans un vase d’or orné de pierres précieuses. Cette histoire est-elle simplement un conte d'ordre moral destiné à condamner l'adultère ? Probablement pas. Quelle autre interprétation peut-on donner à cette histoire, en considérant le statut social des femmes au Moyen Âge et la rareté des femmes poètes de la même époque ?

Medieval drawing of a woman giving a man a letter and a gift
Two lovers exchange a letter and an embroidered cloth

Regardons le texte de plus près afin d'en tirer une autre interprétation possible. Pendant le printemps les deux amants passent la nuit à parler ensemble par la fenêtre. Comme nous le dit le texte : « De sa chambre la dame s’appuyait à la fenêtre pour parler à son ami de l’autre côté » (39-42). Les amants n'ont pas de contact physique. Leur liaison [affair] ne se base que sur les mots qu'ils échangent. La femme dit à son mari : « Sire, il n’y a pas de joie dans ce monde si l’on n’entend pas le rossignol chanter. C’est pour cela que je viens à la fenêtre. » (83-85) Quel est le rôle de l'oiseau dans l'histoire ? Vu le titre, le rossignol y occupe une place centrale. Ce lai (ou chanson) est celui du rossignol. Les oiseaux sont des poètes dans cette histoire. En effet, ces oiseaux « chantaient de joie sur les fleurs avec grande douceur » (61-62) et contribuent à augmenter les passions de l’amour, tout comme des poètes. La liaison amoureuse est à la fois masquée et rendue possible par un symbole poétique : le rossignol. Les mots d'amour échangés par les amants sont liés à la poésie, de la même manière que l'amour courtois se rattache à la production poétique. Le plus grand plaisir de la femme est d'entendre chanter le rossignol. L'histoire des deux amants est reliée à la poésie, et cela de diverses façons. Tout d'abord, c'est un amour qui s'inspire du chant des oiseaux. Deuxièmement, c'est un amour qui n'est exprimé que par les mots. Et troisièmement, c'est un amour qui pousse à la création poétique : les nuits que les amants passent à parler sont poétiques, le mensonge de la femme à son mari est une invention poétique, et la fin de l'histoire est à la fois tragique et poétique. Après que le mari a tué l'oiseau (l'excuse des amants), la femme enveloppe son cadavre dans une pièce de soie « sur laquelle est brodée leur histoire en lettre d’or. » (136) Elle devient ainsi écrivain. C'est elle qui a écrit l'histoire que son amant gardera toujours sur lui. La fin du lai nous dit : « On a raconté cette aventure qui n’a pas pu rester longtemps secrète. » (158) Les mots d'amour à la fenêtre, l'excuse inventée et enfin le récit brodé de l'histoire, tout cela fait de la femme un poète.

Qu’est-ce que cette histoire nous apprend sur les limitations des femmes au Moyen Âge ? Et sur les limitations des femmes poètes ? En quoi la femme de l'histoire peut-elle être comparable à l'oiseau que le mari tue ? Ces quelques questions peuvent peut-être vous servir de base sur laquelle fonder votre interprétation du Lai du laüstic. J'espère que vous comprenez à quel point toute histoire peut devenir plus intéressante lorsque le lecteur, en y pensant, ne se demande pas seulement « Quels sont les faits ? Qu'est-ce qui s'y passe ? » mais aussi « Quelle en est la signification ? Qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire ? »