Analyse

L’ironie de Voltaire

A bust of Voltaire
Voltaire by Jean-Antoine Houdon

Avec les Lettres philosophiques nous pouvons voir beaucoup d’exemples du style ironique de Voltaire. Il ne faut pas croire que c’est Voltaire qui parle dans les lettres, mais plutôt un personnage créé par Voltaire qui satirise les idées reçues de la culture française. Le « je » des lettres est souvent naïf (un peu comme dans les Lettres persanes de Montesquieu) pour révéler l’ignorance et les préjugés que l’on trouve en France (même chez les philosophes). Ainsi, le narrateur, qui est exemplaire dans son désir de s’instruire et de comprendre les cultures diverses, est néanmoins facilement choqué par les différences entre ses propres croyances et celles du Quaker. « Que je vous baptise et que je vous fasse chrétien! » dit-il lorsqu’il apprend que le Quaker n’a jamais été baptisé. Il écoute la réponse du Quaker poliment et en silence, mais sa conversation reste superficielle. Il n’ose pas contredire le Quaker qui, selon lui, comprend mal La Bible. Alors, la politesse, que le Quaker critique tout au début de la conversation (« Les gens de ton pays, me répondit-il, font trop de compliments et de révérences »), devient un obstacle au dialogue sincère. Le narrateur préfère garder son silence (et ses idées reçues) plutôt que de parler ouvertement. Bien que le narrateur présente une curiosité rare, cette curiosité n’est pas si différente de celle des Parisiens dans les Lettres persanes qui adorent l’exotisme sans s’en instruire.

Malgré l’ironie de Voltaire, le « je » des lettres est parfois un modèle de tolérance. Par exemple, le narrateur admire la noblesse naturelle du comportement du Quaker. Il est prêt à admettre la supériorité de l’esprit ouvert, même s’il est trop habitué aux coutumes de son pays. La sincérité de Voltaire se cache dans son style ironique.

Religion

De la même manière que l’Angleterre encourage le libre échange dans le commerce, elle encourage la diversité religieuse. En France, l’intolérance religieuse vient de ce manque de diversité selon Voltaire. Dans la lettre six il dit « S’il n’y avait en Angleterre qu’une religion, le despotisme serait à craindre ; s’il y en avait deux, elles se couperaient la gorge ; mais il y en a trente, et elles vivent en paix et heureuses. » Par là, nous pouvons comprendre que Voltaire critique la France pour son despotisme et sa violence : le despotisme est le résultat du contrôle de l’Église catholique, et la guerre civile est le résultat de l’opposition entre les catholiques et les protestants. L’Angleterre, par contre, exemplifie une sorte d’utopie où tout le monde vit en paix et sécurité à cause de l’équilibre créé par une multiplicité de croyances.

Philosophie

Voltaire condamne non seulement la politique française, mais également les grands penseurs français. Voltaire trouve la méthode de Descartes admirable pour sa critique des anciens, mais il n’est pas d’accord avec le système philosophique que Descartes essaie d’établir. Selon Voltaire, la philosophie de Descartes est un système qui favorise la pensée pure et abstraite, mais qui n’a pas de rapport avec le monde réel. Newton, par contre, fait des expériences concrètes pour mieux comprende le monde. Quant à Pascal, Voltaire le traite de « misanthrope sublime » c’est-à-dire qu'il admire son éloquence, mais condamne son manque d’amour pour l’humanité. Les croyances jansénistes de Pascal sont trop sévères pour Voltaire. Selon le Jansénisme, un petit nombre d’élus est prédestiné à être sauvé, mais personne (même les élus !) ne peut savoir qui fait partie de ce groupe. Voltaire croit en Dieu, mais il n’est pas janséniste. Sa critique du pari de Pascal vient du fait que l’on peut croire en Dieu et ne pas être sauvé selon le Jansénisme. Lorsque l’on considère le petit nombre d’élus selon la doctrine janséniste, on a moins d’intérêt à accepter l’argument de Pascal.

Voltaire et le théâtre

Voltaire était célèbre pour ses pièces au XVIIIe siècle, mais aujourd’hui presque personne ne les lit. Alors, le lecteur moderne peut trouver la lettre sur Shakespeare plutôt audacieuse. Dans cette lettre, Voltaire révèle sa préférence pour les règles du classicisme établies au XVIIe siècle. Selon les fameuses « unités », Shakespeare n’a pas de goût. S’il est un génie, c’est un génie barbare « sans la moindre connaissance des règles ». Voltaire ose même ré-écrire le célèbre monologue de Hamlet (To be or not to be) selon le goût français. Le résultat est franchement désastreux.