Retour au jardin

Il y a un nombre indéfini d’éléments desquels nous pourrions parler mais j’aimerais me concentrer seulement sur l’un d’entre eux. Vous souvenez-vous de la réflexion d’Antigone concernant le jardin qui ne pense pas encore aux hommes ? Vous souvenez-vous du début de la pièce, quand Antigone exprime sa préférence pour un monde sans couleurs, le monde gris d’avant l’aube ? Je vous avais indiqué que ces éléments deviendraient très symboliques vers la fin de la pièce. Et bien nous y sommes. Y a-t-il un élément de la mort d’Antigone qui vous rappelle de quelque façon que ce soit cette première scène ? Pensez à la manière dont elle meurt. Antigone ne meurt pas dans le tombeau, étouffée, mais se pend avec sa ceinture :

« Antigone est au fond de la tombe pendue aux fils de sa ceinture, des fils bleus, des fils verts, des fils rouges, qui lui font comme un collier d’enfant » (118)

Pourquoi Anouilh prend-il la peine de parler des couleurs de la ceinture ? Quel pourrait être le symbolisme qui se cache derrière tout cela ? L’une des interprétations possibles c’est que le monde en couleurs a étouffé Antigone. Le monde en couleurs est le monde des adultes et de la société, des compromis. Ce monde étouffe Antigone, restée enfant. Nous voyons ainsi et de façon claire la tragédie de l’innocence perdue par tous, ou presque, au cours du passage de l’enfance au monde adulte—un pas qu’Antigone refuse de faire.